Pas du tout étonnant qu’Oh Boy ait raflé la mise!!!
Si le cinéma allemand de qualité doit mourir, cela ne sera pas cette année, ce film en est encore une confirmation !!! Les coups et les douleurs, comme on dit, ça fait mal, bien sûr, mais là, il s’agit vraiment d’un sacré bon film.
Oh Boy : pour moi, ce film représente Berlin en noir et blanc, ses quartiers tagués et gris qui défilent devant les yeux d’un jeune homme qui se fait écouteur d’instants de vie, tragi-comiques. Avec un curieux fil conducteur : un café qu’il n’arrive jamais à boire
Première scène : lui notre héros Niko Fischer (Tom Shilling) avec elle, une étonnante ressemblance avec la Jean Seberg de l’A bout de souffle de Godard, ils ont fait l’amour dans le petit appartement où il vient d’emménager. Elle est bien avec lui et aimerait le retenir , elle lui propose un café . Lui s’invente des excuses. Elle comprend, s’indigne et sen va.
Curieux mais avec ce noir et blanc, cette ressemblance avec l’actrice culte d’A Bout de Souffle,allant jusqu’aux vêtements que la jeune femme porte, ont fait que j’avais cru au début que le film se passait dans les années soixante. Non c’est bien du Berlin de notre époque dont il s’agit, mais sans cesse tourner vers le passé au flux des histoires racontées.
- Il regarde une photo : lui et elle : la fin d’un amour. Et soudain, il voit une lettre une convocation pour le test psychologique d’aptitude au permis de conduire. Il quitte l’appartement en toute hâte.
Hallucinant cet enchaînement de questions du psychologue-examinateur comme un jeu du chat et la souris. Vous semblez nerveux, ne soyez pas inquiet Monsieur Fischer dit-il.
Mais vous, que répondriez vous si l’examinateur psychologue vous demander si le fait que sa femme qui mange des pralines de chocolat au rhum, fait d’elle une alcoolique? Si vous avez une petite amie ou encore si vous étiez homosexuels lors d’un test d’aptitude au permis de conduite ? Humour, succession de questions au ton douceureux aussi déconcertantes que la logique automatique des réponses apportées. Mais quand finalement, notre héros se refuse à répondre , le rapport de force dans son toute injustice se rétablit d’un bruit de feuille déchirée pour finir par un sourire cynique « Einen schönen Tag, Herr Fischer ».
Toujours est-il, qu’après le test, Niko, notre personnage quitte le bureau du psycho et cherche à se détendre en prenant un café. Le café bio venant directement de Colombie aux dires de la souriante vendeuse, a un prix trop corsé, alors il va chercher de l’'argent au distributeur et donne les pièces qu’il avait en monnaie à un clochard. Pas de chance, le distributeur lui avale sa carte. Pas de café pour lui, non plus, mais le début de vraies ‹ histoires de fous › qui s’enchaînent.
Je m’arrête là pour le détail, sinon je serais capable de vous raconter tout le film tellement il m’a plu, plu. Mais je me contenterais de décrire quelques personnages et de mettre l’accent sur certaines scènes sans en dévoiler la clé.
Le jeune homme rentre chez lui et son voisin, un gaillard costaud de la bonne quarantaine est à l’entrée de sa porte. Il veut lui offrire un plat de boulettes de viande que sa femme a préparé pour lui souhaiter la bienvenue. Ce voisin, personnage loufoque et très encombrant, finalement s’invite chez Niko avec comme argument une bouteille de Vodka. Encore une fois la fois la photo de Niko avec la jeune fille aux allures de Jean Seberg "Votre chérie?, vous voulez des enfants?, vous êtes jeune, comme je vous envie. Et finalement notre jeune héros se retrouve à écouter son voisin lui raconter sa vie: une histoire à faire pleurer Margot et à essayer de le consoler.
Plus tard il retrouve son copain Matze. Un garçon, avec sa vision bien à lui de Berlin et là encore Niko écoute. Ils vont dans un café. Niko voudrait boire un café mais la machine est en panne alors il doit se contenter de regarder son ami Matze manger comme un goinfre. Quand notre jeune héros croise le regard d’une jolie jeune fille, quoi qu’ un peu maigrichonne, Julika, quel soulagement. La jeune femme s’avère être une de ses anciennes camarades de classe,dont tout le monde se moquait à cause de son obésité. Matze la drague et elle les invite tous deux à une pièce de théâtre dont elle sera la vedette. Elle s’en va.
Puis Matze lui présente un copain. Un homme très sympathique, même si cette gentillesse est bien mal desservie par le costume de son personnage qu’il porte si élégamment bien élégant. Vous comprendrez. Il est l’ acteur principal d’un film au retournement bien bouleversant
Notre héros, et son père au golf et on apprend la raison pour laquelle sa carte de crédit a été avalée par le distributeur. Le père est accompagné d’un très jeune collaborateur. Après la partie,ils vont prendre en verre, et encore une fois Niko ne peut boire de café.
Une scène de vérité déconcertante dans le métro Berlinois avec deux contrôleurs dont l’un est rebaptisé DR2DR2 par notre héros. Et le robot qui se déchaîne.
De nouveau Matze qui l’emmène chez un ami à lui « Une surprise »: Un besoin urgent d’aller voir un copain à lui, un adolescent qui fait de beaux cadeaux à sa grand-mère
La pièce de théâtre de Julika - dans un lieu de création berlinois qui hélas depuis peu a disparu
- TACHELESS. Ils arrivent en retard. La pièce : Imaginer l’une pièce de théâtre, les plus merdiques données sur Arte et vous y êtes, mais Julika elle est au premier plan. Puis le cocktail de fin de spectacle avec le metteur en scène la parfaite caricature du bobo intello, prétentieux et d’une susceptibilité à fleur de peau. Le type qui donne envie d’aller prendre une bouffée d’air. Ce que fait notre héros, rejoint par Julika
Julika et lui : Peut-on partir des douleurs, d’une souffrance du passé pour tenter de vivre une histoire d’amour manquée et en même temps satisfaire une revanche refoulée

Une rencontre dans un café et là encore trop tard pour boire du café alors on commande une vodka et un vieil homme lui adresse la parole. IL est bruyant et exubérant et notre Niko veut être seul. L’homme raconte son enfance : une incompréhension entre père et un fils sous un fond de guerre et de violence, des pierres que l’on lance dans les vitres des magasins et un petit garçon trop petit pour comprendre. Niko écoute l’homme tout devient plus clair : Une enfance volée à une époque où l’on ne pouvait prendre de recul . L’homme quitte le café avec sa tristesse, mais Niko l’accompagne malgré lui jusqu’à son dernier voyage. Il s’appelait Friedrich.
Et le film s’achève sur notre jeune Berlinois qui enfin parvient à boire une bonne tasse de café.
C’est la première fois que je dévoile la chute d’une histoire , juste parce que celle-là, si on n’a pas vu le film, elle n’a aucun sens. C’est justement en cela que je la trouve parfaitement réussi
Oh Boy, j’avoue ne pas aimer ce titre en anglais mais choix de cinéaste il faut respecter, c’est pas l’histoire d’un petit minet qui va de filles en filles et de boites de nuit en boites de nuit berlinoises. Tom Schilling dans le film c’est pas un play-boy ni un bobo berlinois pseudo artiste ou pseudo intello, mais un jeune homme presque trentenaire, un peu paumé devenu dilettante malgré lui, au visage de chérubin un peu boutonneux et de petite taille (la caméra met l’accent sur le corps frêle et la petite taille du personnage) qui pour enfin devenir adulte doit écouter.
Le Berlin c’est pas celui coloré et bruyant au des dernières musiques à la mode, ni même celui nostalgique survolé par les anges de Wenders, mais celui des bistrots, des petits délinquants post-pubères qui provoquent les filles et vendent de la drogue, mais pas les adolescents perdus des années 70 de la Banhnhof Zoo. Ce Berllin là c’est aussi celui des murs tagués où « je vous baise tous » est écrit en allemand et à l’envers, en haut des tours de HLM lépreuses. Et la caméra qui se promène en silence sur ces décors hors cinéma.
Si quelqu’un a vu ce film, j’aimerais bien comparer sa vision du film avec la mienne.
Voilà.
Une bonne nouvelle c’est un film co-produit par Arte, donc même si vous n’avez pas pu le voir ou ne pouvez pas vous procurer le DVD, il passera sans aucun doute, très bientôt sur ARTE
Bon je vais me coucher et penser au beau et talentueux Tom Schilling 