Les faux synonymes

Bonjour,
Dans les chansons en allemand que j’apprends, je me retrouve régulièrement face à des synonymes, systématiquement traduits de la même manière dans les dico que je trouve sur Internet.
Je vous propose donc que l’on relève des mots qui paraissent avoir la même signification, et que l’on révèle quelles nuances existent entre eux.
Bien sur, le mieux c’est de mettre dans ce sujet des termes qui ne rentrent pas dans les autres sujets déjà créés.

Par exemple, pour « se réveiller », j’ai trouvé :

  • aufwecken : « der wind weckt mich auf »
  • aufwachen que j’ai trouvé plus souvent : « ich halt mich wach » (je me tiens réveillé), « ich bin unter Tränen wieder aufgewacht » (je me suis à nouveau réveillé en larmes)
    Alors quelle différence y a-t-il entre ces termes ?

wecken; cela exprime une action. Le matin, mon « Wecker=réveil- matin » me « weckt » = réveille.
wachen: cela exprime un état; être éveillé. « Ich wache auf= je m’éveille, je me réveille » (je passe de l’état de sommeil à l’état de veille. Sans forcément d’intervention extérieure).

Weck mich bitte um 7 = réveille-moi à 7 heures, stp.
Du brauchst mich nicht zu wecken= tu n’as pas besoin de me réveiller.
Um 7 bin ich sowieso wach : de toutes façons, je suis réveillé à 7 heures.

Edit; je pense que wach et weck doivent procéder de la même étymologie…A confirmer, toutefois.
:wink:

(auf)wecken est transitif : réveiller quelqu’un
aufwachen est intransitif : se réveiller

Même étymologie:

wachen est le verbe de base. C’est le fait de soi-même s’éveiller. Intransitif. Le sujet se réveille avec le préverbe auf-, il est simplement éveillé et alerte sans, comme la Wache (la garde). Facile.

wecken est une dérivation factitive avec le suffixe habituel -jan en vieux-germanique. Les verbes en -ja de l’islandais actuel donne la liste pratiquement complète de ces verbes. Le sens est « faire faire », donc « faire se réveiller », ce qui est justement la fonction essentielle du réveil-matin.

Deux conséquences formelles:1. Le -jan provoque la métaphonie (Umlaut), donc /a/ devient /ä/, écrit cependant avec -e- car Umlaut westique ancien déjà présent en vieil-haut-allemand.
2. Le -j- de -jan provoque le redoublement de la consonne. Or la consonne d’origine est /k/, devenue -ch- avec ach-Laut après la deuxième mutation consonantique (VIIe siècle, loi de Grimm) et elle n’a pas lieu pour un /kk/ géminé, ce qui est justement le cas de *wäkkjan. Donc le wecken actuel est le témoin de ce phénomène : comme on a double /kk/ à cause du -jan, le son /k/ reste, alors que dans wachen, le /k/ est simple, donc soumis à la loi de Grimm et devient -ch- tout à fait normalement.

Note pour les Suisses: le /kk/ se transforme régulièrement en /kch/ en alémanique supérieur. La ville de Bâle en est exclue, et la ville de Chur est une exception, ayant eu un grand apport d’alémaniques badois du lac de Constance après le grand incendit au XVIe siècle, et ces alémaniques badois sont des bas-alémaniques orientaux, pas des alémaniques supérieurs comme le reste de la Suisse allemande. La ville de Coire, en allemand Chur, se prononce en fait /ku:r/ à Coire. Les CFF (la SBB) n’a pas compris le truc et s’obstine à mettre un ach-Laut fautif historiquement pour cette ville, mais correct pour le reste du domaine haut-alémanique.

Je sais que c’est un classique, mais j’ai besoin d’une piqure de rappel… c’est à propos de « tun » et « machen ».
Je n’arrive vraiment pas à savoir quand utiliser TUN, et quand utiliser MACHEN… :confused:

Exemples :
« Was hast du mir gemacht ? »
« Hab’ keine Ahnung was du mit mir machst »

« Du tust mir gut, du tust mir weh »
« Warum tust du mir das an ? »

Restons-en à « machen » et « tun » sans ajouts. « antun » n’est pas du tout la même chose que « anmachen » (draguer)! :bad:
Pour faire simple: « machen » a une connotation matérielle et concrète: on voit que quelque chose se passe. Quand Helmut Schmidt était ministre de l’Intérieur de Hambourg lors des inondations catastrophiques de 1962, on l’a surnommé après coup « der Macher ».
« tun » est plus général, et plus lié à un effet d’annonce. « Tu was! », fais quelque chose. « Es tut sich was », les choses bougent. « Gesagt, getan », aussitôt dit, aussitôt fait.
« Dann mach! » (« Mach ma » à Berlin), la tâche est formulée, l’objectif est fixé, il n’y a plus qu’à faire. « Wie hast du es gemacht? » Comment tu as fait ça? On veut des détails concrets.
« Nee, Freilein, was hamse gedan! » (dernier vers de la « Lorelei saxonne »): exclamation au vu d’une catastrophe dont on ne pouvait prévoir l’ampleur "Malheureuse, qu’avez-vous fait là! :open_mouth: )
Les anglicisants se reporteront avec profit à leur leçons sur « to make » et « to do ».
A signaler par ailleurs l’emploi « sudiste » de « tun » comme auxiliaire, pour ainsi dire, selon la méthode Ramadama* (« räumen tun wir »).
*Non, ce n’est pas une marque de margarine! :mrgreen:

Ce n’est en fait pas seulement sudiste, c’est même la règle en allemand du nord. Le Konjunktiv 2 se forme même parfois avec « täte ». A noter que le verbe « tun » est rare dans les dialectes suisses. L’influence du haut-allemand l’a cependant introduit par la petite porte (surtout pour des expressions toutes faites comme es tut Weh).
Les Allemands du nord utilisent tun à toutes les sauces avec un infinitif. C’est une structure normale en bas-allemand.
On entend (prière de ne pas l’écrire):
Tust du morgen kommen?
Ich tät lieber arbeiten.
Er sagte, dass er sie nicht leiden tut.
Schnacken tut sie gut!

etc…

En fait, c’est une structure parfaitement allemandesur pratiquement tout le territoire qui n’a simplement pas été reprise en Haut-allemand à l’époque de la normalisation. Le possessif en guise de génitig en est un autre exemple.

C’est vrai, ces tournures du bas-allemand se retrouvent dans l’anglais avec l’emploi de « I do… » et « I don’t… ». Je m’excuse pour ma vision restrictive de l’emploi de « tun » à l’hémisphère sud du monde germanique. :blush:

Nos petits, dans le jardin d’enfants, se servent du Konj. pour leur jeux de rôles: « Ich tät jetzt die Mutter sein und du tätst das Kind sein. »(Je serais la mère et tu serais l’enfant)

Est-ce que ça n’a pas aussi une coloration dialectale ? Je pense à l’utilisation du Konj en alsacien pour exprimer le conditionnel.
Est-ce qu’en plus, ça n’est pas du langage enfantin:

« Mami, das Baby tut weinen ! » :question:

Pardon, avec « nos petits », je voulais dire: ici, chez nous dans le sud. Je ne sais pas comme les enfants du nord s’expriment.
Enfantin, bien sûr, mais il se peut qu’on dise à un élève: « An deiner Stelle täte ich mich jetzt mal anstrengen. », au lieu du « würde » correct. (A ta place, je ferais un effort)